Comment représenter l'Holocauste au cinéma ? Depuis les premières images des usines de la mort libérées, cette question pose des défis moraux aux cinéastes, aux historiens et, en fin de compte, au public lui-même. Des enregistrements documentaires des Alliés à Nuit et brouillard d'Alain Resnais (1956) et Shoah de Claude Lanzmann (1985), en passant par La Liste de Schindler de Steven Spielberg (1993), Son of Saul (2015) de László Nemes et The Zone of Interest (2023) de Jonathan Glazer, le cinéma n'a cessé, au fil des décennies, de chercher de nouvelles façons d'aborder l'Holocauste. Le spectre s'étend du refus radical de toute reconstruction et reconstitution à la mise en scène immersive de Spielberg, dont le film a déclenché un débat sur la représentation fictive de l'Holocauste. Toute tentative d'approche cinématographique soulève inévitablement la question des limites de la représentation, des choix esthétiques et éthiques qui y sont associés – et de la manière dont le cinéma peut être un lieu approprié pour ce travail de mémoire.
Avec Die Ermittlung (L'instruction) (2024), le réalisateur RP Kahl s'est intéressé à la pièce documentaire de Peter Weiss sur les procès d'Auschwitz à Francfort (1963 à 1965), considérés comme la première grande tentative de la justice ouest-allemande de juger pénalement les crimes d'Auschwitz. Ces procès ont largement contribué à sensibiliser l'opinion publique d'après-guerre à l'Holocauste. Le film de Kahl confronte le public aux témoignages et aux procès-verbaux des procès et pose de manière poignante la question de la représentabilité du génocide industriel, non pas en reconstituant l'horreur elle-même, mais à travers les paroles de ceux qui en témoignent et de ceux qui en sont responsables.
La soirée invite à une réflexion approfondie sur l'histoire et les défis de la représentation cinématographique de l'Holocauste. Une conférence introductive replacera l'œuvre dans son contexte historique avant que le réalisateur RP Kahl ne donne un aperçu de son approche artistique dans le cadre d'une discussion avec l'historien du cinéma Yves Steichen.
RP Kahl est cinéaste, artiste, performeur et professeur de cinéma. Il compte parmi les figures marquantes du cinéma indépendant allemand. Après ses premiers succès en tant qu'acteur, notamment dans « Die tödliche Maria », il passe derrière la caméra au milieu des années 1990 et se fait connaître à l'international avec « Silvester Countdown ». Son premier film en tant que réalisateur, « Angel Express », ainsi que des films tels que « Bedways » et « A Thought of Ecstasy » ont établi sa réputation de cinéaste d'auteur intransigeant.
Outre son travail artistique, Kahl est producteur, programmateur de festivals (notamment au Filmfest Oldenburg) et professeur d'université. Il vit et travaille à Los Angeles, Berlin et dans une petite ville du Mecklembourg-Poméranie occidentale.
Yves Steichen (né en 1983) a étudié l'histoire à Luxembourg et à Fribourg-en-Brisgau avant de se spécialiser dans l'histoire du cinéma. Depuis 2023, il dirige le département cinéma du Centre national de l'audiovisuel (CNA). Il donne régulièrement des conférences sur le cinéma et son histoire et rédige des critiques de films.
Soutien : Cinémathèque de la Ville de Luxembourg, neimënster